OBT
 

L'ORDRE DE BON TEMPS 1946 , Jeanne Courtemanche Auclair, (Juin 2008)

 

   Avril 1948, Festival Internationnal annuel de folklore, St-Louis , Missouri, É-U.

 Sur la photo : Roger Varin, Hugues Archambault, Pauline Julien, Henriette Houle, Marthe LeBreton, Mathieu Dorais, Marie-Marthe Pilon, Paul Hébert, Jeanne Coutemanche, Rita Lafond et Jean-René Duhaime.

 

AVANT-PROPOS DE L'AUTEUR

L’Ordre de Bon Temps (OBT) fut un mouvement culturel qui a profondément influencé le Québec des années 1940 et '50. J’ai eu le privilège d’en être l’un des membres fondateurs.
J’ai écrit ces notes et souvenirs en réponse aux où/ quand/ comment/ pourquoi/ et qui/ de nos enfants et petits-enfants, prenant conscience , un jour, de cet élan créateur sans précédent qui a surgi au Québec à cette époque. Ce pan de notre histoire est peu documenté et encore largement  méconnu. Le mouvement s’est dissolu en 1954 mais:« il n’est pas mort puisqu’il vit  au cœur de tout ceux qui en ont fait partie» l'écrit Guy Messier en annexe au livre de Christine Tellier " Jeunesse et poésie, Gaston Miron. De l'Ordre de Bon Temps à  l' Hexagone," publié chez Fides en 2003.

Dès 1944, j'ai été témoin puis grande amie des véritables initiatrices de ce mouvement, Yolande et Ninon vivant  leur fulgurante inspiration, leur prise de conscience de la situation des loisirs dans notre milieu, de leur cri du coeur : "Il faut faire quelque chose!" prémices  de ce qui allait devenir, en 1946, l'Ordre de Bon Temps. Avec Roger et Jacqueline, René et Marthe, Jean-Jacques, Agnès, Guy, Georges et Marcel..., nous en avons élaboré la pensée première, exprimé nos motivations profondes face à un changement radical dans nos loisirs, structuré le mouvement et  réalisé les premières manifestations où le public participait, chantait, dansait, mimait, créait la fête avec nous.

 L’OBT a eu des répercussions sur la culture des îlots francophones de l’extérieur du Québec .En effet, en 1950, l’Ordre comptait des membres et des équipes actives en Ontario et au Manitoba.

J’ai relu les numéros de notre revue La Galette, fondée en 1946, scruté nos photos du temps, réalisé comment tout cela a influencé ma vie  Au cours des dernières années,  je suis allée frapper à la porte de mes amis-complices d’il y a cinquante ans, jamais oubliés...

Avec émotion, j’ai retrouvé :
Yolande Cloutier,Ninon Pedneault, Roger et Jacqueline Varin,  Fernand Dansereau,  Jean-Jacques Chagnon, Marthe LeBreton et Jean-René Duhaime, Guy Messier et sa sœur Camille, Marcel Thérien, Mathilde Ganzini et Olivier Marchand, Georges Kelly, Lucille Martin et Gilles Bordeleau, Jeanne Desrochers, Léonard Garneau, Rita Lafond, Jean-Marie et Lise DaSilva, Monique Meloche, Jeannine Lord, Lorraine Desjarlais, Pauline Julien, Jacques Languirand et d’autres.
Plusieurs d’entre eux contribuent encore très activement  à la culture du Québec Le contact a été chaleureux. Nous avons vécu ensemble quelque chose de si spécial, une libération  intellectuelle et spirituelle dans la FÊTE ! 

 Les années 1940 -  la petite histoire

Au Québec, dans les années 1940, un groupe de jeunes gens du milieu des arts et certains ayant appartenu à des mouvements d’Action catholique, se disent  insatisfaits des formes de loisirs existants, des lieux où ils se déroulent comme les salles de danse, les clubs de nuit et les parcs d’amusement ."Tout simplement c'est qu'ils nous ennuient , ne correspondent guère  à nos goûts et à notre culture »
Le Québec est en période d’après-guerre et expérimente une reprise économique. De société rurale qu’il était, il s’urbanise et  devient  société industrielle; l’ordre social en est chamboulé. C’est l’époque de Duplessis, il fait sombre et ils déplorent : « Aurions-nous à jamais oublié ce que c’est que d’être jeunes et de célébrer, joyeusement, tout comme nos ancêtres? »

Un esprit de création

À Montréal donc en 1944 et ’45, deux amies de fraîche date Ninon Pedneault, 20 ans, étudiante à l’école des beaux-arts, et Yolande Cloutier, 23 ans, libraire, réagissent à cette situation et décident de réunir une dizaine de jeunes de leur milieu.. Avec Roger Varin,  ils définissent ce qu’ils veulent vivre dans leurs temps de loisir et ils décident de lancer une vaste organisation dont voici les lignes de base rédigées par Roger Varin.

1946- Extraits du Fonds d’archives Roger Varin,  déposé à Trois-Rivières:
 «Ces jeunes fondateurs de l’Ordre ont précisé, dès sa création, sa nature et son but :
- Un groupe d’animateurs consacrés à promouvoir des loisirs sains, adaptés et enrichissants. À cette fin, ces animateurs se sont décidés à insuffler un esprit de création et des moyens d’organiser les loisirs.
- Une autre particularité résidera dans le fait qu’il n’y aura pas de membres individuels, mais des membres groupés en équipes comme unités de base du mouvement.
- Un mouvement mixte où les sexes sont égaux en termes de droits, de pouvoirs et de responsabilités. Un mouvement laïc, autonome, autogéré.

Les premiers pas de danse à Montréal 

1944-1945 -C’est à Montréal que s’organise en chansons, danses  et mimes, ce nouvel organisme de loisir.
Le gymnase de l’École Normale Jacques-Cartier, parc Lafontaine, accueille les premiers pas des garçons et filles qui, main dans la main, forment la ronde avec le jeune français Jean Cusson, danseur de folklore français, animateur de loisirs, de passage au Québec.

Certains des participants vont dans les  campagnes québécoisees rechercher des chansons et danses  traditionnelles, tels  les sets carrés et les « calls »appropriés, les Brandy et Pool Jones, le Valse Lancier, (Grande chaîne des dames et swing! ) accompagnés  d'accordéon et  autres instruments authentiques.

Deux hommes de théâtre, Georges Groulx et Guy Hoffman, initient ces jeunes, brièvement mais intensément, à l'improvisation de mime, à l'invention de masque et costume.

Créations collectives spontanées comme la Légende de l’Ocarina ou  mime chanté  comme Su’l ’Pont du Nord, restent inoubliables. Il fallait voir Gabriel Gascon dans le rôle du Grand arbre agité par le vent, ou celui de Pauline Julien dans celui de "la fille qui veut aller danser!".

Ils chantent ! Les nouveaux amis et amies multiplient les occasions de rencontre pour répéter  leurs  nouvelles rondes et  danses chantées; tous les moments sont bons, après les  repas et  forums des camps de formation, lors de leurs excursions à travers le Québec, à pied en voiture ou en autobus comme en route vers les festivals de folklore canadien et américain dont ils sont  les fiers représentants. Ils chantent autour de leurs feux de camp et animent  des fêtes aussi courues par les foules que celle du 24 juin, la St-Jean au Chalet de la montagne du Mont-Royal., à Montréal.

Que chantent-t-ils? Les très anciennes chansons poétiques et musicales: Aux marches du palais, Dans les prisons de Nantes, Au bois du rossignolet, Une perdriole, À toi belle hirondelle. Les chansons galantes: Chantons pour passer le temps, C'est  l'aviron qui nous mène, mène, mène, Papillon tu es volage, Isabeau s'y promène..Les chants historiques: Le roi Renaud. Les chansons à boire: C'est à boire qu'il nous faut! Les chansons mimées: S'ul pont du Nord, Perrine était servante. Ils apprennent  du poète Alfred Desrochers lui-même, ses propres refrains : Adieu charmante rives du beau Kakébongé., Ah! ah! que l'papier coûte cher, dans le bas Canada. De  Félix Leclerc, ses plus récentes chansons:  Le p' tit bonheur, Notre sentier, Bozo les culottes, Moi mes souliers, et plusieurs autres. 

Et encore:

 Vive la vie, vive l'amour, vive la compagnie ! - Ah si mon moine voulait danser -  Allons verte jeunesse! - À la claire fontaine -  C'est dans le mois de mai -  Brave marin revînt de guerre -  Dans mon chemin rencontre, boumbadiboum.

Passant par Paris, vida ma bouteille - Là-haut sur ces montagnes - La trompe sonne dans les bois -La laine des moutons - L'aious'qui sont tous les raftmans - Le bal chez Boulé - Meunier tu dors - Marie-Calumet veut se marier

M'en revenant de St-André - Colchiques dans les prés -  Mon père m'y marie avec un marchand de velours - Gai lon la gai le rosier - Cécilia -  Vogue marinier vogue, beau marinier - Perrine était servante - Le violon chante sa toute belle chanson

 Troupiau, troupiau - Les gars de Lochminé.- V'là l'bon vent - Mon merle a perdu son bec - Wing trala dili tralala - Le 31 du mois d'août - Le roi a fait battre tambour - J'ai descendu dans mon jardin, c'était pour cueillir  du raisin .

 

VIEUX AIRS...NOUVEAUX PAS "

 

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 Lionel Marleau, Lucille et Isabelle Martin , Suzanne Chabot...   Extrait du FILM documentaire sur l'ORDRE DE BON TEMPS,  Office National du Film, 1949.  

Les personnes ressources

Le groupe jouit de l’appui de gens  gagnés d’avance à  la cause de l’art populaire et poétique, tels :

Marius Barbeau, ethnologue au Musée National du Canada, poète et grand connaisseur des richesses de notre terroir

Georges Kelly, riche d’un répertoire de chants et danses de folklore

Les Pères de Sainte-Croix de Pierrefonds, versés dans l’interprétation du chant grégorien et  folklorique 

Birouté Nagis, Françoise Graham et Hélène Loiselle, artistes, expression corporelle et dramatique

Pierre Giraudon et Maurice Correc, spécialistes des danses françaises

André Jasmin, peintre, animateur d’atelier de décor et de masque de théâtre.

Félix Leclerc, créateur et interprète de ses chansons, nous accueille dans son grenier, chez-lui, à Vaudreuil

Georges Dor, Claude Léveillé et Jean-Paul Filion, poètes et chanteurs favoris du groupe

Raymond Laplante, producteur à Radio-Canada, offre un cours sur la radio et une initiation au nouveau medium de la télévision.

Timbre de l''Habitation Port -Royal  fondée  par Champlain, en Acadie

Le  nom « Ordre de Bon Temps »

Un  membre du nouveau mouvement, Marcel Thérien,  fait une recherche dans les Archives du Québec et découvre  l’Ordre de Bon temps qui décrit les exploits et initiatives du fondateur de la Nouvelle France, Samuel de Champlain :
 « Après deux rudes hivers passés à ’île Sainte-Croix dans le Golfe Saint-Laurent, Samuel de Champlain fonde en 1606 l’Habitation Port-Royal en Acadie (aujourd’hui appelé Annapolis, Nouvelle-Écosse).

 Pour divertir ses colons qui se languissent dans ce pays de solitude et de froidure où 40 colons sont déjà morts de scorbut, Champlain organise des journées  festives où l’on partage le produit de la chasse et de la pêche, où chants et danses évoquent  « le doux pays de France ».Marc Lescarbot , le poète-gastronome, fait jouer sur scène et sur l’eau, par les colons eux-mêmes, les pièces de théâtre qu’il imagine, au grand plaisir de tous !

Samuel de Champlain décrit  lui-même l’Ordre de Bon Temps, dans « Les voyages de Samuel de Champlain » :
« Nous passames cest yver fort joyeusement, & fisme bonne chere, par le moyen de l'ordre de [bonteps] que j'y establis, qu'un [chacun] trouva utile pour la sante, & plus profitable que toutes sortes de medecines, dont on eust peu user. Ceste ordre estoit une chaine que nous mettions avec quelques petites ceremonies au col d'un de nos gens, lui donnant la charge pour ce jour d'aller chasser: le lendemain on la bailloit à un autre, & ainsi consecutivement: tous lesquels s'efforçoient à l'enuy à qui feroit le mieux & aporteroit la plus belle chasse: Nous ne nous en trouvasmes pas mal, ny les sauvages qui estoient avec nous. 

Lancement de l’OBT - le grand bal costumé

Le lancement officiel de l’OBT se fait lors d’un grand bal costumé tenu le 12 janvier 1946 au Monument National, boulevard Saint-Laurent, à Montréal dont le thème est : «Paysans de tous pays ». Une vingtaine d’affiches, réparties dans la ville, annoncent l’évènement et l’on fournit dessins et croquis de costumes authentiques nationaux afin d’encourager la créativité des couples désireux de participer à ce grand bal..

 

 
 Dans le groupe : Louise d’Amours, René Desranleau, Françoise Pedneault, Jeanne Courtemanche, Raffaello Giarrusso, Léonard Garneau, Ninon Pedneault et Claire Marchand

  

 

Membres fondateurs  de l’OBT et leurs invités au grand bal costumé du 12 janvier 1946 au Monument National, boulevard Saint-Laurent, à Montréal.

1er rang : Félix Leclerc, Yolande Cloutier, Madame Pierre Dupuy, Andrée Viens-Leclerc, Père Émile Legault c.s.c.; 2e rang : Gina Vaubois, Marcel Thérien, Roger Varin, Ninon Pedneault, Denyse  Marsan,  Rosario  Fortin;  3e rang :  Georges Kelly, Georges Groulx, Jacqueline Rathé-Varin, Noël Brunet, Louise D'Amours, Lionel  Renaud et son épouse.

L’honorable jury comprend le jeune auteur-compositeur-interprète Félix Leclerc et le cofondateur du théâtre des Compagnons de saint Laurent le Père Émile Legault. Au grand défilé des costumes, des récompenses sont attribués à : Luc Geoffroy et Ninon Pedneault costumés en Japonais, André Rochon et sa compagne, en Mexicains, Raffaëllo Giarrusso et moi-même en autochtones Indiens.

  • Le journal quotidien de Montréal, La Presse,  rapporte à la Une : « Sans alcool ni orchestre, l’OBT a fait boule de neige, les demandes de fêtes comme celle-là affluent, de Saint-Boniface à Jonquière, de Sherbrooke à  Moncton, Nouveau-Brunswick ».
    L’Ordre de Bon Temps  souhaite que chaque région, ville, village, paroisse du Québec et plus, en réponse au véritable besoin de la population, crée, s’exprime  collectivement.. Pour cela, il doit former maintenant des animateurs et animatrices de loisirs populaires.
  • Le journal Vie Étudiante publié par la JEC à Montréal, en mars 1946, fait un reportage :UNE INNOVATION SENSATIONNELLE, sur le Grand Bal de l'Ordre de Bon Temps du 12 janvier 1946. Il est signé Berthe Deschenes. (VOIR ce reportage dans LES ÉCRITS sous le titre JEC, le journal de la VIE ÉTUDIANTE 1946...Texte et photos du Bal)

Les structures de l’OBT

En 1950, l’Ordre de Bon Temps se compose d’une cinquantaine d’équipes au Québec, en Ontario et au Manitoba. Au Québec, on compte 4 régions : Montréal, Québec, Trois-Rivières et Sherbrooke. Montréal comprend 5 équipes formées de dix responsables  accompagnés  de leurs équipes respectives.En novembre 1951, Jean-Paul Ramsay, Guy Messier et Fernand Poirier proposent la Constitution de l’Ordre de Bon Temps. Elle est adoptée.En 1951-52 : L’OBT loue un bureau situé au 3425, rue Saint-Denis, à Montréal.

En  1954, l’Ordre de Bon Temps est régit par

 Un Conseil National appelé Champlain,  ’un Comité National appelé Poutrincourt,  un Comité de surveillance appelé L’Escarbelle 
  des responsables régionaux et des’équipes de service.

Les responsables  de l’Ordre de Bon Temps

 Au cours des ans, différentes personnes ont assumé la direction de l’OBT. Ce sont :

  • 1945-46 : Roger Varin et Yolande Cloutier - conseillers : Alfred Rouleau,  Marcel Thérien : Louise D’Amours et le  Père Georges  St-  Aubin, c.s.c.
  • 1946-48 : RogerVarin et Henriette Houle (Québec), conseillers :Yolande   Cloutier, Ninon Pedneault, Jean-Paul Geoffroy, Georges Kelly, Georges Arcouette,  Huguette Lapointe (Québec).
  • 1948-50 : Roger  Varin,  Jules  Lambert  (Québec), Jeanne Courtemanche
  • 1950-52 : Lionel  Marleau (Ottawa), Mireille Desjarlais, Guy Messier, André Beauchemin, Betty Leblond (Québec), Paul Millet.
  • 1952-54 : Paul Millet, Guy Messier, Paul-André Perrier,
  • 1954 ----:  Roger et Jacqueline Varin, Marthe Chevrier, Guy L’Écuyer, Achille Soucy, Jean  Picard, Paul-André Perrier. 
     

 1950 – No 1-2

1947– No 1

 1948 – No 5

 Revue La Galette

En 1946, Les trois Ziboulis :  Ninon Pedneault, Louise D’Amours et moi-même, éditons  une petite revue nommée La Galette.  Le but de cette publication est de favoriser l’échange d’information entre les équipes. De décembre 1946 à 1950, nous  publions, et j'illustre, dix-sept numéros de La Galette : rapports des camps nationaux, activités des régions, matériel de chansons et danses, réflexions et réactions de nos correspondants ainsi que un "mot du grand chef".

En 1950, Gilles Beauregard, Mireille Desjarlais, Jean-Claude Rinfret, Lise Picard, Rita Savaria et Laurent Crevier  prennent la relève.

De 1951 à juillet 1953, Gaston Miron est à la direction, assisté de Louis Portugais, d’Hélène Pilotte et de l 'équipe. Père Ambroise y joue un rôle très actif.

En août 1953, Paul-André Perrier devient l’éditeur de la  Galette.

Camps de formation  des animateurs et animatrices de l'Ordre de Bon Temps.

Pour la formation de ses membres, l’Ordre de Bon Temps offre des camps de nationaux de 10 jours. Les premiers ont lieu en 1946  et ’47 à la maison de Contrecoeur prêtée par la famille d’Agnès, Paul et Marie Millet. En 1948, ’49 et ’50, les camps se tiennent au lac Ouareau de Saint-Donat,  camps appartenant à la JEC. (Jeunesse étudiante catholique).

Aux fêtes de Noël et de Pâques, l’Ordre organise des journées intensives de formation dans les régions de Val Morin, Claire-Vallée,Sherbrooke, Québec, Saint-Michel-de-Wentworth, Vaudreuil et Trois-Rivières.

Au programme : 

  • Exercises d'assouplissement corporel, de la voix, du geste
  • Ateliers de costumes et décors
  • Sports de plein-air, excursions, camping, natation, ballon-volant et ski.
  • Forums sur les orientations de l’Ordre. Thèmes privilégiés : humanisation,  participation et coordination. Les échanges francs et spontanés visent une formation humaine intégrale des participants.
  • Veillées, feux de camps, jeux, visites.

 

 

  Les célébrations avec le père Ambroise se déroulent en pleine nature, hiver comme été

Spiritualité

Le Père Ambroise Lafortune «  fut recruté comme prêtre sympathique et bien au courant du mouvement, membre adjoint aux différents organismes et structures de L’Ordre »(Statuts et règlements de l’OBT, 7 décembre 1946).

Ambroise donne une nouveau souffle de vie à la  liturgie ; les célébrations qu’il anime, simples ou grandioses, se déroulent en pleine nature, hiver comme été. Tous en sortent enrichis, émerveillés. Les jeux dramatiques interactifs, à la veillée, débordent de verve et d’imagination.
Je le revois en tête de nos randonnées de ski allant d’un lac à l’autre, en caravane, sous le ciel étoilé des Laurentides. « Conservons  la poésie en notre monde de praticiens, de techniciens et de bourgeois » écritt-il.

L’abbé Marc Lecavalier, dévoué au chant particulièrement, et le Père Georges Saint-Aubin du groupement culturel Les Saggitaires qui a soutenu les efforts de l’Ordre naissant, sont membres adjoints aux équipes de leur choix. Mais L’Ordre s’affirme comme un mouvement laïc qui veut vivre des réalités de son dynamisme interne.

Participation- festivals

  • En 1947, une équipe de l’Ordre de Bon Temps est invitée à représenter le Canada français à Toronto, sous le thème de la  Trilogie des fondateurs. Quatre spectacles de danse sont donnés quotidiennement pendant cinq jours aux enfants des écoles de la ville. Le samedi soir, les Québécois font salle comble au Maple Leaf  Gardens. « Ils sont le rayon de soleil du Festival »  rapporte la presse locale.
  • Le Festival International de folklore de Drummondville serait «l’héritier direct de l’Ordre de Bon Temps» selon Grégoire Marcil de la Fédération  Loisirs-Danses, Québec.
  • En avril 1948, l’OBT participe au Festival annuel International de Folklore, à Saint-Louis, Missouri, Etats-Unis. Les cinq couples, dont Paul Hébert, Hughes Archambault et Henriette Houle de Québec, Pauline Julien de Trois-Rivières et Mathieu Dorais de Beauharnois, sont vêtus du costume traditionnel de l’île d’Orléans et dansent Le Valse Lancier accompagné de musique d’accordéon. Aussi au programme, l’improvisation rythmée de leur fameux  pantomime S’ul’ Pont du Nord.

 

  

 Marthe Le Breton,  -  Saint-Louis, U.S. 1957  -   Mime chanté : Sul' Pont du Nord 

Naissance des Éditions de l’Hexagone

En janvier 1952, l’ami Gilles Carle ipropose de publier vingt-sept poèmes d’Olivier  Marchand. Gaston Miron collabore en  ajoutant dix-sept. des siens qu'ils publieront conjointement sous le titre de  « Deux sangs ».
Gilles Carle, Jean-Claude Rinfret et Mathilde Ganzini illustrent le recueil. Les six amis, Louis Portugais s'y ajoutant,, discutent d’un nom pour leur maison d’édition; puisqu’ils sont six,  pourquoi pas l’Hexagone ? Adopté.

Le 25 juillet 1953,  Roger et Jacqueline Varin, de concert avec l’OBT collaborant  au projet  par une souscription lancée à ses membres recoivent  la compagnie chez-eux autour d'un feu de joie pour le  lancement du recueil de poèmes «Deux sangs»..

Ce recueil est le premier titre à paraître aux « Éditions de l’Hexagone. Pour Olivier et Gaston, c’est le pacte d’une grande amitié, féconde et indéfectible. Pour Gaston, c’est le départ vers une carrière internationale. Le nom le plus retentissant qu’on lui donne  depuis ce temps, c’est « Gaston le magnifique ».

 

 Première publication  des  poèmes de Gaston Miron et Olivier Marchand.1953.

 

Naissance des Éditions de l'Hexagone, Montréal, Juillet 1953

 Le lieu de rencontre des poètes de l’OBT et de l’Hexagone est le Centre social de Claire-Vallée, demeure de Françoise Gaudet-Smet, situé à Saint-Sylvère, comté de Nicolet..À la Noël de 1948, elle avait invité chez-elle les meilleurs musiciens et « calleurs» du village pour  montrer aux jeunes de la ville, le rythme et  l’allure des danses carrées exécutées dans l’esprit d’une authentique veillée québécoise traditionnelle. Gaston Miron a vite fait sa place au milieu des musiciens avec sa «musique à bouche »et ses chansons. De sa voix du tonnerre, tapant des pieds en cadence et claquant des cuillères sur ses genoux, il entonne à son tour des airs d’autrefois : «La-y’ousqu’y sont tous les raftman...». Infatigable, il poursuivra avec des chansons apprises du poète Alfred  DesRochers  lui-même :« Ah-Ah  que l’papier coûte cher  dans le bas Canada!»

Initiatives et services - années ’40 et ‘50

  • À Québec, pendant toute une saison, Betty Leblond et son équipe de chanteurs et danseurs folkloriques, anime la foule de la Terrasse du Château Frontenac. Radio-Canada  retransmet ces festivités à la radio.

Chaque équipe régionale de l’OBT organise ainsi ses activités locales, adaptées au temps et aux évènements à célébrer : veillées de danses et chants à la St-Jean, contes et mimes costumés à la Noël avec les enfants ; visite des hôpitaux, soirées de poésie entourant les célébrations des Jours saints, lancements de livres, conférences et concerts, tout comme les  fêtes champêtres de la pomme, de la neige ou des amoureux.

Certaines de ces initiatives existent encore aujourd’hui :

  • Rodolphe Guay, Claude Dansereau, Gilles Beauregard, Gilles Lefebvre, Paul Millet et Guy Messier ont fondé les Auberges de jeunesse du Québec
  • Jean-Paul Ramsay, de l’équipe de Lévis , Les  Clubs de l’Âge d’or 
  • Georgette Saint-Jean a fondé L’Accord,  accueil des Néo-Canadiens à Montréal 
  • Lorraine Desjarlais et Claude Dansereau ont formé  l’équipe Les Quatre semelles pour des activités culturelles.
  • Michel Cartier a créé la troupe de danse folklorique  Les Feux follets.
  • Jean-Marie et Lise daSilva ont créé leur École de théâtre, devenu le Studio-théâtre en 2009,  et maintenu fidèlement, aux cours des années, les Journées fraternelles Gilbert Langevin, portes ouvertes à tous les passionnés de poésie. 
  • Liguori Chénier et son équipe ont organisé Les Veillées du samedi soir à la paroisse St-Jacques.
  • Laurent Crevier a institué « L’Ami de l’orphelin ».
  • Ronald Laviolette et sa  soeur Yolande ont fondé  Les  T9  (Troubadours Neufs).
  • Guy Messier, Kim Yarosheskaya et André Loiseau ont été à l’origine d’un Théâtre pour  enfants, à la scène et à la télévision.
  • Paul Millet a fait du Vieux Monastère de Contrecoeur, un lieu de séjour communautaire.

    Cheminements et carrières

Christine Tellier, auteur de " Jeunesse et poésie. De l’Ordre de Bon Temps aux Éditions de l’Hexagone." (Fides, 2003) constate que:« Les gens de L’Ordre de Bon Temps ont exercé diverses fonctions au gouvernement provincial, laissant le fédéral aux jeunes formés dans les mouvements d’Action catholique et de scoutisme" Parmi ceux-ci :

  • Guy Messier, directeur- adjoint à l’Education permanente, Ministère de l’Éducation, Québec.1965-1975
  • Jean- Jacques Chagnon, délégué général, à Paris, de l’Office  National du Film, sous-ministre au  Ministère des Affaires culturelles du Québec, de 1963 à1968.
  • Louis Portugais, directeur de production à l’ONF, l’un des premiers membres de la section française de l’Office National du Film à Montréal, en 1956.
  • Jacques Filteau,  premier directeur des programmes du Canal 4, à Québec.
  • Léo Dorais, premier directeur de l’UQAM  (l’Université du Québec à Montréal).
  • Jean-Claude Rinfret,  chef-décorateur à  Radio-Canada et concepteur de maquettes pendant 30 ans.
  • Gil Laroche de l’Office National du Film, Canada, réalise  en 1949, un film documentaire de 20 minutes, 40 secondes sur l’O.B.T. intitulé : Vieux airs,  Nouveaux pas , texte et  scénario de Jacques Bobet, narration François Bertrand,  musique Maurice Blackburn. Film aussi disponible en anglais sous le titre de  Old Songs, Young hearths.
  • Voir résumé, photos et exrait du film dans Internet.

Jacques Languirand témoigne : « C’est grâce à l’Ordre que j’ai reçu ma formation d’animateur, non pas tellement sur le plan professionnel mais parce que le mouvement a façonné mon esprit, a facilité ma relation avec le monde ; il m’a aussi appris le don de soi. »(Cité dans « Ambroise tout court » par le Père de la Sablonnière,  Léméac, 1983)
Il dit encore de l’Ordre de Bon Temps : « Des gens qui étaient des éveilleurs de conscience et des agents de transformation » (Série télévisée,Par les chemins d’Ambroise, no 9, L’Ordre de Bon Temps. Ciné-Mundo Inc. 1983 ). 

  • N inon Pedneault, danseuse et  travailleuse sociale dans les Centres hospitaliers de Sainte-Justine et de Saint-Jérôme.

 New York 1950, photo Howard  Nelson Rubien

  • Gilles Lefebvre, professeur de langues.
  • Marcel Lemieux, médecin spécialiste.
  • Monique Meloche, historienne et psychanalyste pour  enfants. 
  • Gilles et Lucille Bordeleau, naturothérapeutes.
  • Rita Lafond, technicienne en assistance sociale, co-fondatrice d’un Relais communautaire et de Laval- au-féminin.
  • Claude Donati, prêtre, curé de paroisse à Québec
  • Lucette Faubert, religieuse, artiste-peintre
  • Marthe Le Breton, responsable au Conseil du Bien-être social du diocèse de Saint-Jérôme.
  • Louise D’Amours, secrétaire adjointe à la Société St-Jean Baptiste de Montréal

Quelques-uns des artistes

Olivier Marchand  nous confie: « Personnellement, l’OBT m’a défoncé. Il a mis de la  bourrasque  dans mon univers »  (Revue La Galette, Lettre à mes copains, OBT  1951)

  • Fernand Dansereau, cinéaste, fondateur de la  compagnie de cinéma Softimage.
  • Clémence Desrochers,  auteure et comédienne, monologuiste.  
  • Jacques Languirand,  communicateur, homme de théâtre.
  • Pauline Julien, auteure et  interprète
  • Gaston Miron, poète et écrivain. Fondateur des Éditions de l'Hexagone
  • Lorraine  et  Mireille Desjarlais, écrivaines.
  • Jeannine Lord  (Mère Marie-Jean Lord)  osb, conceptrice des vitraux de l’église de l’abbaye  bénédictine de Mont-Laurier dont elle est l’abbesse actuelle.
  • Jeanne Desrochers, auteure et journaliste.

 À la télévision de Radio-Canada,

  • Claude Caron, réalisateur et scénariste.
  • Rodolphe Guay et Hélène Pilotte, scénaristes.
  • Denise Chalut, script-assistante.
  • Edmundo Chiodini  peintre et sculpteur; participe aux activités théâtrales de Roger Varin. À l’émission de marionnettes Pépinot et Capucine à Radio-Canada  il crée les décors et les nouvelles marionnettes, les originales étant  de Jean-Paul Ladouceur.
  • Marielle Chevrier, créatrice des costumes des  mêmes marionnettes et de tous les petits personnages des émissions enfantines de la Télévision de Radio-Canada, pendant 30 ans.
  • Jeanne Courtemanche ( Auclair)  de 1953 à 1955, retouche et refait les têtes des marionnettes qui accompagnent Pépinot et Capucine dans leur vie aventureuse autour du monde. Elle poursuit sa carrière en création de murales, tapisseries et  mosaïques, en  illustration, peinture et gravure. Elle anime 1000 heures d'ateliers d’expression créatrice en art visuel dans plusieurs centres du Québec
  • Roger Varin,  en 1937, fut le co-fondateur avec le  Père Émile Legault csc, de la troupe de théâtre LES COMPAGNONS DE SAINT LAURENT devenue la célèbre compagnie de Théâtre du Nouveau monde , à Montréal.  
 

  Roger Varin , en 2005, m'a confié ce court résumé écrit sur son activité théâtrale 

«Dans les années 1940 à 1952, il écrit et anime plus d’une vingtaine de jeux scéniques avec la participation des gens de l’Ordre de Bon Temps, notamment pour le centenaire de Princeville, le cinquantenaire de Shawinigan et celui des Caisses populaires, les dixième et cinquième anniversaires de la JOC et de la JEC, pour l’ouverture, en 1952, du Festival de Montréal (deux légendes scénarisées sur l’étang du parc Lafontaine).

Il fonde le Centre d’art dramatique et co-fonde 5 groupes de théâtre dont la Compagnie de Montréal qui remporte un trophée canadien. Durant les années de guerre, il met en scène et anime Le Jeu de Dollard de Jean Vallerand, avec Pierre-Eliott Trudeau dans le rôle du chef indien. 

   Roger Varin  1950  

En 1950, avant l'avènement de la télévision, il remporte un trophée pour l’émission  Samedi-Jeunesse dont il écrit et anime les textes dans le costume du clown Poum dont le faire-valoir était Raymond Laplante. Des années 1950 à 1980, il anime la Fête des enfants à Noël, pour la coopérative d’assurance-vie Les Artisans, dans le rôle du berger qui guide Jésus et Marie à la crèche. Cette Fête s’est déroulée  à travers le pays  jusqu’en Nouvelle-Angleterre, de même qu’à la télévision à Montréal et à Québec».

L’OBT au nombre des précurseurs de la Révolution  Tranquille

Michel  Bellefleur – Extrait d’une communication faite à l’Université de Trois-Rivières, Les Actes des congrès, en 1992.
L’Ordre de Bon Temps au Québec 1946-1954 (Un cas de censure de la vie associative au Québec), Université du Québec à Trois-Rivières, 1986.

1954 - «L’O.B.T. vivait un processus de transformation d’un mouvement social en une association bien organisée et bien administrée...
L’Ordre ne réussit pas cette transformation faute d’appuis institutionnels et de moyens financiers, et commença à s’effriter à la suite de son camp national 1954.
L’Ordre de Bon Temps disparut, mais le dynamisme qu’il avait créé au cours de sa courte existence allait réapprendre le sens du bon temps, dans la foulée de la prospérité de l’après-guerre et l’avènement d’une société de consommation où ils auraient encore à protéger leur identité culturelle. Malgré le cléricalisme triomphant et le conservatisme politique de l’époque, l’O.B.T. fut un mouvement de jeunesse qui a laissé des traces importantes dans l’histoire du loisir au Québec.
Dans le champ du loisir, il y a lieu de ranger l’Ordre de Bon Temps au nombre des précurseurs de la Révolution tranquille tout comme à la même époque, ce fut le Refus  Global de Borduas dans le domaine des arts ».

Autres témoignages sur l’OBT

2007-Guy Messier- J'ai toujours dit que l'Ordre avait été victime d'abord de son succès Ajoutons aussi de l'éparpillement et de son manque de structures. Et de son manque flagrant et perpétuel d'argent. Victime aussi de professionnalisation: Feux Follets pour la danse... les Auberges devenues permanentes. Chaque fois notre principe de participation en prenait un coup. Comme si lorsqu'une équipe arrivant à une certaine spécialisation, elle "oubliait" ce principe, se repliait sur elle-même. C'était, dans bien des cas, une simple et normale évolution. Exemple: L'Hexagone.
Une saine récupération, en somme, qu'il n'y a pas lieu de déplorer, il me semble. Heureusement que nous avons la loi 101.

 

Pour ce qui est de nos relations avec le clergé, bien sûr que nous avions des relations  harmonieuses avec les Pères Picard et St-Aubin, Ambroise et l'abbé Lecavalier, mais nousavions aussi nos détracteurs au sein même de l’Église québécoise. L'archevêque de Rimouski...celui de Trois-Rivières...

Fait amusant: pendant que l'évêque de Sherbrooke nous chicanait sérieusement, son frère, archevêque de St-Boniface, payait nos frais pour que nous venions mettre sur pied une équipe dans son diocèse! Bon nombre de curés nous accueillaient à bras ouverts, pendant que d'autres ne voulaient pas nous voir en peinture.

L 'Ordre a fait son temps, mais a marqué son temps. Son influence perdure, est-ce trop chauvin de le croire? Aujourd'hui, nous sommes plus que jamais Québécois, il me semble, et, à mon sens, l'Ordre y a été pour quelque chose." 

 Guy Messier 2008

De nombreux couples se sont formés au sein de l'Ordre de Bon Temps;  en famille on a vite appris à chanter,  et célébrer petits et grands évènements! 
 Octobre 2007- Jean-Jacques Chagnon  a témoigné sur l’OBT dont il a été l’un des premiers membres  et a  donné son opinion sur le papier de  M. Michel Bellefleur :

 « Jeanne,
C'est avec beaucoup d'intérêt que j'ai Iu le texte de Bellefleur, et je te remercie de me I' avoir communiqué.
Avant de I e commenter toutefois, je veux dire que pour ma part, je n'ai participé que très peu aux activités de I' Ordre de Bon Temps.  A mon grand regret d'ailleurs car, je me souviens de I 'enthousiasme avec lequel j'ai vu naître le mouvement et ma conviction profonde qu'il répondait alors à un besoin. J'ai tout au plus participé à une ou deux soirées folkloriques à Montréal. Je me souviens aussi d'une sortie de fin de semaine, en groupe, à Ham Nord où nous devions animer une soirée paroissiale et j'ai souvenance que nous avions été chaleureusement reçu par le milieu.


L'année de la fondation de |'O.B.T. (1946 fut pour moi une année pénible : il me fallait à la fois finir ma dernière année du cours classique et en même temps travailler pour remplacer partiellement mon père gravement malade. En 1946-1947, j'ai donc gravité autour de l'O.B.T, mais de loin et de façon peu assidue. Et pourtant, je suis infiniment reconnaissant à I'O.B-T. puisque c'est à l'occasion d'une danse à I' école normale Jacques Cartier (le Plateau), au parc Lafontaine, que j'ai rencontré et dansé avec Huguette Chamard, alors étudiante infirmière à l'hôpital Notre-Dame, pour laquelle j'ai eu un coup de foudre immédiat et sans doute réciproque puisque 18 mois plus tard nous nous sommes mariés. Ce fut d'ailleurs à l'occasion de notre mariage à St-Jean-Port-Joli que j'ai participé pour Ia dernière fois à une manifestation de l'O.B.T alors qu'à la sortie de l'église, après la messe de mariage, plusieurs membres de I'O.8.T, venus de Montréal pour l'occasion, entamèrent spontanément une ronde autour des mariés que nous étions, sur la place de l'Église, et entraînèrent tout Ie monde dans une danse qui secoua le village et stoppa Ia circulation pour un long moment.

Aujourd'hui, soixante ans plus tard, nous nous disons Huguette et moi, que dans une certaine mesure, même si c'est de loin, I' Ordre de Bon Temps a été pour quelque chose dans la genèse de nos amours. Nous n'irons pas jusqu'à lui prêter ne serait-ce qu'une parcelle de la paternité de nos cinq enfants, de nos six petits enfants et de nos quatre arrières petits enfants, mais quand même, nous nous remémorons avec nostalgie un mouvement qui a peut être vécu peu longtemps mais qui a produit des effets multiformes et plus nombreux que d'aucuns seraient porté à croire.

Pour ce qui est du papier de Bellefleur, je le trouve bien et dans l'ensemble je suis d'accord avec ce qu'il dit. Peut être va- t' il  un peu loin en soutenant que c'est la hiérarchie du moment qui a "mâté" I' O.B.T. et I 'a finalement conduit à sa perte. II me semble qu'une analyse plus fine mettrait en relief plusieurs autres facteurs qui ont mené à la fin de cette belle aventure. Encore qu'effectivement, dans les années 1940, I' Église avait une présence lourde- Et le fait qu 'Ambroise était intimement associé au mouvement n'aidait pas à cet égard. II faut se souvenir qu'en ce temps-là Ambroise était persona. non grata dans le diocèse de Rimouski. Je le tiens de son frère, Pierre Lafortune, qui était mon confrère de classe en philosophie, au Collège de Montréal.

Jean-Jacques Chagnon
Montréal, 21-08-07

 L’Ordre vit toujours

Son influence se fait encore sentir!

L’Ordre de Bon Temps  est né en 1606 dans le pays neuf de Champlain, en Acadie.

En 1946, L’Ordre de Bon Temps  revivait à Montréal, et j’ai eu la chance d’y participer!

Le 12 novembre 2006, l’Ordre de Bon Temps vit encore, grâce à un groupe de jeunes Acadiens de Moncton, Nouveau - Brunswick .Se nommant eux-mêmes Ordre du Bon Temps, ils donnent leur spectacle dans le cadre de la FrancoFête au théâtre Capitol de Moncton. Le site Web FrancoMix décrit ainsi leur performance : « L’Ordre du Bon Temps est un spectacle qui arrime entre autres folklore, racines  et rock’n’roll dans une soirée d’alliages musicaux intelligents et émouvants... »Voir :

http://www.francomix.com/breve-L_Ordre_%20_bon_temps_presente_en_Coup_de_coeur_a_la_FrancoFete-270.html

L’Ordre de Bon Temps a  très certainement influencé ma vie ainsi que celle de plusieurs autres personnes. Un ami, Jean-Louis, fait ce commentaire :

«  Dans l’ensemble de la carrière de Jeanne, je peux reconnaître cet esprit de fête et de liberté, hérité de sa participation à l’Ordre de Bon Temps dans le Québec des années 40 et 50; cet esprit l’anime encore, il demeure vivant sur la palette de ses couleurs et dans le mouvement de son geste d’artiste ; comme une inspiration et une spiritualité toujours nouvelles, l’appelant à créer... une œuvre  qu’elle voudrait prolonger au-delà du temps.»


En mai 2015, à compte d’auteur, j’ai publié une autobiographie intitulée IMAGINE! CRÉE! dans laquelle le chapitre IV  intitulé La  Ronde de L’Ordre de Bon Temps situe déjà en quelques pages, l’OBT dans ma vie; j’avais 20 ans en 1944.

En Annexe 1 de ce livre de 160 pages illustrées de photos d’époque et d’œuvres de l’auteure, on peut lire

Sur la photo: Claire Varin et Jeanne Auclair,  Xavier et Olivier Marchand. Assise à l’arrière: Nathalie Girard.
Sur la photo: Claire Varin et Jeanne Auclair,  Xavier et Olivier Marchand. Assise à l’arrière: Nathalie Girard.

La petite histoire de l’Ordre de Bon Temps, Éveil et Rayonnement :
onze pages de détails sur les gens qui l’ont inspiré et fait, la Constitution, les activités des animateurs et animatrices à Montréal et en régions... et encore, le bulletin La Galette, la Relève, l’OBT précurseur de la Révolution tranquille...

Imagine! Crée! a été réédité en 2016.
Livre accessible chez l’auteure et en ligne chez Bouquin plus.
 
Que l’Ordre de Bon Temps inspire toujours créativité et  joie aux générations futures!

Bonne route à tous!

Jeanne Courtemanche Auclair 2016

 

 Jeanne 1978.