Quand l’art vous accueille chez vous
Madeleine Leblanc,
La Presse, samedi 16 septembre 2006,
cahier Actuel , Mon toit, page 7

Madeleine Leblanc

Les futurs résidents du 801, Sherbrooke, Est, verront leur hall d'entrée paré d"une immense murale (8 x 25) occupant toute sa largeur. Constituée de plusieurs variétés de quartz—ardoise, marbre, granit, galets-, cette mosaïque donne à voir une représentation stylisée de plusieurs professions libérales. La balance y fait référence au juriste, la table au dessinateur, le pilon au pharmacien, le livre au consultant intitulée  Les professions, cette œuvre a été commandée en…1963 par Me Roland Bourret aux artistes Louis et Jeanne Auclair afin de marquer, dès son inauguration, la vocation de cet immeuble qui abritait alors le Centre professionnel de Montréal.

L’actuel promoteur de l’immeuble (dont la transformation est en cours), Amir Shapira, ne se formalise pas du thème de l’œuvre- le travail- pour mettre en valeur son édifice résidentiel. Au contraire, il en fait presque un argument de vente. « Nous croyons que cette œuvre d’art ajoute de la valeur à l’acquisition  immobilière de nos clients. L’entrée de l’immeuble est déterminante. C’est à ce moment que les gens ont un aperçu de ce à quoi ils peuvent s’attendre. Le hall d’entrée doit refléter la qualité globale du projet.

Christian Thiffaut, l’architecte responsable, explique que la conservation de l’œuvre relève d’une initiative personnelle « J’ai été enchanté de découvrir la fresque. Je la trouve très belle. Chaque fois que je la regarde, je remarque quelque chose de nouveau. De plus, il me semble que l’esprit des années 60 y est très présent ». M.Thiffaut et son bras droit, Jean-François Fortin, ont donc fait en sorte que le nouvel aménagement mette l’œuvre  en valeur autant que possible. « Notre démarche visait à faire ressortir la coloration de la fresque, explique M. Thiffaut. Nous avons voulu maintenir l’ambiance d’origine et les murs opalescents. Nous interviendrons sur les planchers dont la couleur sera plus foncée et plus neutre qu’à l’origine. Et l’éclairage mettra bien en relief les qualités de l’œuvre. »

Un témoin de l’histoire à sauvegarder

L’œuvre rend compte d’une pratique importante—la mosaïque--- dans l’art public québécois d’alors et rappelle la fin d’une tradition. Elle constitue l’un des rares exemples préservés .Plusieurs aspects de cette fresque retiennent par ailleurs l’attention. Danielle Doucet, historienne de l’art dont la thèse porte sur les œuvres murales publiques à Montréal, constate que la représentation n’est pas si littérale et qu’une grande part d’espace abstrait s’y trouve, malgré la fonction commémorative de l’œuvre. « Le thème de la commande, les professions, imposait certaines conditions, mais on a laissé une grande liberté dans l’expression de l’artiste ».

Mme Doucet salue le souci et le mérite du promoteur d’avoir conservé l’œuvre et d’avoir fait faire un très bon travail de restauration. Jeanne Auclair qui a conçu l’œuvre avec Louis Auclair, juge celle-ci inchangée et toujours aussi vibrante. Impression que les occupants pourront à loisir ressentir chaque fois qu’ils franchiront le seuil.

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